Royaumes de Fortalissam

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 Les mercenaires

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Alexandre
Le Tyran


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MessageSujet: Les mercenaires   Dim 8 Sep - 16:16

Un petit récit pour le plaisir, car ils me manquent! Razz


Les ténèbres glapissaient du tapement humide d’une pluie d’automne. Les feuilles multicolores étaient lourdes et leurs épaules s’affaissaient vers le sol comme d’innombrables malheureux en deuil. Le bruit de pas était absorbé par l’herbe mouillée et la forêt ne semblait guère s’attarder aux nouveaux venus.

Telles des ombres vengeresses, les huit formes s’avançaient entre les arbres, mettant entre elles et la lueur chaleureuse d’un feu de camp les buissons, troncs et abris de toiles, afin de rester invisibles comme les fantômes qu’ils étaient.

La laine était mouillée. Leurs chaussettes étaient mouillées. Leurs bottes étaient trouées. Leurs vêtements étaient décousus et recousus d’innombrables fois. Leurs lames étaient couvertes d’oxydation et avaient perdu de leur lustre, ils sentaient le sang, la sueur et la dévastation. Ils ne connassaient que la mort.

Invisibles, seul un animal aurait perçu l’envie de meurtre dans les hormones qui se dégageaient de ces gens obscurs. Seulement une personne consciente de leur présence aurait senti la peur terrible ramper sur leur peau à leur proximité.

Un rire gras retentit depuis le feu de camp, suivi de plusieurs autres. Une bouteille attira l’éclat des flammes alors qu’elle bondissait de mains en mains, leur crasse s’accumulant un instant pour ensuite être balayée par la pluie.

Le verre était cristallin.

Le liquide était cristallin.

Comme de l’eau.

Il brillait comme mille galaxies en reflétant via son fond difforme les tisons et éclats crépitant du centre du camp.

Une brise se souleva, secouant les feuilles et envoyant de l’eau s’abattre en plus grande quantité sur la vingtaine de personnes rassemblées sur le bord du feu.

« Rends-moi ça! » invectiva la voix bourrue d’un homme qui n’était pas du coin, son lourd accent rappelant la tonalité d’innombrables âmes égarées. Il vola la bouteille de l’homme chétif assis à sa gauche. Avant même que ce dernier ne puisse en profiter comme tous les siens qui avaient eu tour à tour la bouteille, il vit les dernières gouttes disparaître dans le gosier de son bourreau.

Un éclair déchira les cieux et illumina la scène. Eussent-ils été à vue, les ombres auraient été remarquées. Un instant plus tard, le tonnerre emporta tout son.

Tous se mirent à rire face à la mine déconfite du plus jeune.

Tous sauf celui qui buvait.

Le contenu de la bouteille attrapa une lueur.

Le contenu était opaque.

Sombre.

Comme de la boue.

Comme des ténèbres.

Comme du sang.

L’homme s’affala face première dans le feu trop près duquel il s’était assis. Un éclair zébra de nouveau le ciel et ils virent tous la forme vêtue de laine noire, épaisse et boueuse abaisser le canon encore fumant d’une arquebuse.

Deux hommes crièrent, la remarquant, et se jetèrent vers elle avec la fougue d’hommes qui avaient toujours vécu de vitesse, de violence et de ruse.

Elle serait trop lente pour dégainer une nouvelle arme mais la bandoulière du fusil se tendit tout de même sur le choc. Désarmée, son visage masqué d’écharpes, elle faisait plus d’une tête en moins de ses opposants qui arrivèrent près d’elle. Le sol trembla, les tympans se mirent à saigner.

Pas un coup de tonnerre trop fort, mais des mots qui n’auraient pas dus être prononcés. De l’écorce s’arracha des arbres, des feuilles se mirent à brûler. Et en une courte succession, les deux hommes s’effondraient, la peau pelée de leurs corps, leurs vêtements rompus. Ils s’effondrèrent à ses pieds, leurs lames couvertes de leur propre sang et fraîchement oxydées reflétèrent les silhouettes innombrables de leurs collègues qui se levaient en panique pour affronter la nouvelle menace.

Le tonnerre se répéta plusieurs fois; une femme engoncée d’acier avait fait irruption depuis le couvert d’une tente, plaquant le canon ruisselant de son arme en plein visage d’un homme se penchant pour saisir sa hallebarde. La toile blanche devint écarlate avant de se rincer progressivement par la pluie. Elle enjamba le corps, ayant déjà en mains ses sabres encochés de multiples fois.

Une autre forme s’extirpa d’un buisson, vêtu d’un long manteau déchiré et d’un tricorne, il laissait retomber son arquebuse par terre et dégainait un petit pistolet en un éclair, envoyant valser en mille gouttelettes une autre vie indigne. De partout, les détonations retentissaient. Une flèche vint s’enfoncer dans le flanc d’un homme levant son arbalète vers lui et une ombre faite d’obscurité et de bandelettes blanches s’extirpa de la nuit et vint ouvrir la gorge d’un autre d’un mouvement latéral de sa dague.

L’homme chétif tremblait de tout son être. Il vit une femme avancer vers lui et dégaina sa hache à fendre, fraîchement aiguisée. Le chétif aiguisait toujours sa hache. Ça fendait mieux les crânes. Pourtant désarmée, la femme en noire avançait vers lui d’un pas lent, enjambant les nombreux cadavres ensanglantés. Et quelque chose le terrorisa et le fit reculer, puis fuir à toutes jambes. Il se jeta dans sa tente, imité d’un autre collègue qui avait ressenti la même chose et ils se mirent à trembler.

Une dizaine d’hommes arrivait par le chemin, abandonnant là leurs chevaux et items au son de la bataille, tirant leur fer et plongeant à la course vers le camp où plusieurs tentes s’étaient effondrées sous le poids de cadavres ensanglantés.

« La préfecture! » cria un homme au milieu de la mêlée, comme en avertissement aux renforts. Il ne termina pas de recharger son arbalète qu’un cri tonitruent retentit, un cri contenant toute la rage d’une guerre qui ne termina jamais, d’une colère gardée trop longtemps à l’intérieur. Vêtu d’un long manteau de cuir sous lequel une cotte de mailles valsait, ses gantelets d’acier reflétant la flamme bleutée brillant dans ses yeux, le colosse s’extirpa de la végétation et hurla en direction des nouveaux venus. Ce fut telle une onde de choc; certains s’effondrèrent au sol, la température baissa et l’eau se transforma en glace.

Ceux qui n’eurent pas le courage ou le sens de s’enfuir virent leurs crânes exploser tels des melons trop mûrs sous les coups de son marteau, son poing s’abattant sinon dans leur visage avec une force nécessaire à leur fracasser la mâchoire. Il frappait, criait et hurlait comme un dément, faisant peu de cas des quelques hommes qui se dressaient dans son chemin, bloquant un coup de sa hampe et fracassant leur bassin ou leurs genoux pour les laisser gémir par terre dans leur longue agonie, enjambant leurs corps, ignorant les jappements des chiens attachés qui étaient témoins impuissants du massacre de leurs maîtres.

Sa stature détaillée par des flammes qui engloutissaient une tente, un homme en noir bloquait un coup d’épée d’un mouvement circulaire et enfonçait sa lame dans la clavicule d’un autre d’un mouvement sec et brutal. Son premier assaillant armait de nouveau et frappait. Pas assez vite, le canon d’un premier pistolet était braqué vers son visage et s’illuminait telle la gueule d’un dragon. L’homme s’effondra sur son flanc sous le regard glacial de celui qui, vêtu de laine et d’un chapeau à larges rebords, laissait retomber le cadavre pourfendu sur le sol pour dégainer de sa main droite son second pistolet pour faire face à un nouveau venu. Le tir ne partit pas, l’eau s’enfonçant dans le mécanisme et gâchant la poudre. Il reçut la hache de son adversaire sur le côté de la tête, l’impact le faisant reculer d’un pas et ruisseler du sang dans sa borgne figure. Il lâcha son arme à poudre ayant fait long feu et agrippa le manche de l’arme qui l’avait ensanglanté.

D’un mouvement rapide, il prit son pistolet déchargé par le canon et abattit la crosse, terminée en une longue tige de bronze, en pleine figure de son assaillant. Le craquement qui retentit précéda la chute du corps. L’homme en noir exhala, de la vapeur quittant ses nasaux comme elle l’aurait faite de la gueule d’un taureau s’apprêtant à charger. Les hommes mourraient autour de lui, échangeaient des coups, souffraient de morts terribles ou de dernières terreurs qu’aucun mortel ne pourrait bien mériter.

En quelque part, cela aurait du être contre ses valeurs. Ils auraient du les tuer, il devrait interdire à certains de ses collègues d’être aussi sadiques et de garder leur professionnalisme en éliminant rapidement leurs adversaires.

Mais en quelque part, alors qu’il fracassait la jambe d’un ennemi qui avait une excellente défense au niveau du haut du corps, il se rendait compte qu’il n’en avait rien à faire.

Tant que le sang des infidèles coulait.

Tant que la mort et la destruction assurait la suprématie de la Lumière.

Hurlant, ses larmes se mélangeant à la pluie qui ruisselait dans son visage, il ne faisait nul doute que la lame du vengeur en noir ne réconforta en rien le mécréant lorsqu’elle lui fendit le visage en une gerbe écarlate. Le corps étendu au sol d’un coup de talon, l’homme en noir passa à une autre cible, puis une autre, constatant avec satisfaction la facilité avec laquelle les mortels mourraient sous sa poigne, se faisant une joie silencieuse, macabre et disciplinée dans l’exécution systématique et violente de ses adversaires.

Il ressortait sa lame de la clavicule d’un adversaire agenouillé, voyant le sang et les os fracassés dans sa plaie avec satisfaction, lorsqu’un dernier cri retentit, un hurlement terrible qui trahissait une vie de cochambrage mental et de désolation psychotique. Un homme seul se tenait au milieu des cadavres et de leurs exécuteurs, couverts de chaînes forgées de malice, son capuchon rabattu ne montrant qu’à la lueur mourante du feu un sourire terminé par deux canines trop longues. Il émit un rire sinistre et dégaina deux dagues avant de croiser ses bras sur sa poitrine.

« Vous avez fait bien du travail pour me trouver, Severus » dit-il. « Mais je ne parlerai pas »

Severus laissait le corps s’effondrer derrière lui dans un bruissement humide, haussant ses sourcils et affichant un sourire de prédateur, ses dents visibles et l’éclat dans son regard n’étant d’aucune chaleur.

« Qui vous a dit que je venais vous faire parler? » dit-il d’un ton fatal. Le sourire de l’être de ténèbres s’allongea, comme s’il venait de remarquer quelque chose d’amusant.

« Les miens ne me laisseront pas mourir ainsi, cher adversaire. Je ne suis plus seul, vous avez peut-être tué mon escorte mais… »

Une lame glissa sous sa gorge. Sans un bruit. Sans un soupir, le sang quitta sa plaie et il tomba face première.

Derrière lui, la forme obscure de Cestis se tenait debout, triomphante, sa dague encore fumante des flammes qu’elle avait libérée laissa une goutte de sang tomber sur les robes noires du défunt.

« Je m’attendais à mieux d’un Avatar de Terreur » murmura-t-elle en haussant les épaules, ses yeux bleus remontant vers le visage de Severus. Anja s’avança au centre du campement, essuyant sa baïonnette dans son tabard usé et taché alors que Severus rangeait châtiment dans son fourreau en un glissement humide.

« Récupérez son tutélaire » dit-il à Cestis, repérant les membres de son équipe. Les conduisant par la bride, Valar revenait avec plusieurs chevaux. Il avait un sourire aux lèvres. Face au regard insistant de son commandant, il soupira.

« Les cavaliers n’ont pas aimé ma dernière blague »
Severus restait de marbre.
« Quoi? » demanda-t-il en s’esclaffant, toute trace de la fureur de l’ancien garde se dissipant.

En levant les yeux vers le cadavre au travers de la poitrine duquel un marteau était planté, Severus ne semblait pas convaincu.

« Bon okay…je ne l’ai pas lancé seul »
Severus haussa davantage son sourcil. Une ombre vint les rejoindre.
« Je dois admettre l’avoir un peu aidé » fit la voix distante de Myrr, sur les lèvres duquel un sourire factice flottait. Celui-ci s’agrandit lorsqu’il vit les lèvres de Severus se fendre pour laisser place à ses dents blanches.

« Vous ne changerez jamais, les gars » dit-il calmement, leur posant ses mains gantées de fer sur leurs épaules et leur tournant ensuite le dos dans un bruissement de l’acier de son gorgerin et de ses épaulettes. Il avança vers la stature du préfet, lequel gisait un genou à terre, en prière. Ses deux lames étaient à ses côtés, debout, enfoncées dans des cadavres.

« J’ai terminé, mon seigneur » fit Albéric en se relevant. Son œil unique croisa celui de Severus et ils semblèrent partager une étrange mélancolie alors que les murmures de Cestis retentissaient au loin pendant qu’elle traçait les symboles autour du cadavre, récupérant ce qu’elle se devait sous le regard intrigué d’Anja qui venait de relever son étrange masque blanc. Les traits de la jeune femme étaient tirés, à l’image de tous les membres du groupe et ses veines se voulaient saillantes.

Les minutes passèrent dès lors dans le silence si ce n’étaient de Valar et Myrr qui échangeaient silencieusement en surveillant les chevaux, alors qu’Alice, rechargeant son pistolet à poudre, faisait le tour du camp, imitée par Assàm qui se faisait beaucoup plus curieux qu’elle…

« J’ai tout » fit Cestis en se relevant, l’encens s’éteignant naturellement par la pluie et le froid glacial de ses invocations se retirant en un coup de vent. « Je connais notre prochaine destination »

« Enfin » fit le préfet, rengainant ses armes.

Cela mettait fin à deux ans de traque. Ils laissèrent plus de trente cadavres dans la nuit noire, ces meurtres inexpliqués attirant quelques jours plus tard l’attention de la populace. Jamais la garde Romaine ne parvint à trouver les coupables.

Jamais la Compagnie de l’Ombre ne revint dans cette région.

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-Alexel Septimus
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Ajax Vasilis

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MessageSujet: Re: Les mercenaires   Dim 8 Sep - 17:05

Wow, je sens que cette "Compagnie de l'Ombre" vas être présente assez bientôt... Merde! Incroyable texte par contre! Merci de partager Alex! On voit très bien pourquoi c'est toi le chef!
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Camilia Samandiriel
Dame
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MessageSujet: Re: Les mercenaires   Dim 8 Sep - 18:10

C'est l'équipe des mercenaires de la campagne précédente... Haha! C'est awesome!

Anja: comment déshabiller les gens, sans les mains!


Dernière édition par Anja Löwenherz le Lun 9 Sep - 2:27, édité 1 fois
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Alexandre
Le Tyran


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MessageSujet: Re: Les mercenaires   Dim 8 Sep - 19:45

Merci pour les commentaires, mais ouais Hadrien, la compagnie de l'ombre c'était la team des mercenaires de la dernière campagne, à laquelle s'est joints Anja et le Préfet.

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Haldir

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MessageSujet: Re: Les mercenaires   Mer 23 Oct - 3:19

Pourquoi j'avais jamais lu ça avant? c'est donc ben épique!!!!!!! Wow...j'en ai eu des frissons. La team est juste parfaite décrite comme ça, avec ses nouveaux membres en plus! Merci pour la belle lecture, ils me manquaient un peu aussi, mais ça fait une bonne dose Very Happy

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Alexandre
Le Tyran


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MessageSujet: Re: Les mercenaires   Mer 23 Oct - 19:09

Pourtant, il me semble que je t'en avais parlé, mais ça fait plaisir de voir le topic être remonté et d'avoir tes commentaires! Smile Content que ça te plaise!

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-Alexel Septimus
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